Je me surprends à penser à toutes ces femmes, à travers les siècles, qui ont aimé sans rien avoir en retour…

En effet, ce n'est pas un fait récent que d'avoir un enfant sans la présence du père. Parfois un choix, souvent une obligation, consentie ou non.

Je repense à tous ces actes paroissiaux lus et relus sur la naissance donnée à des enfants, fille ou garçon, par une mère seule, de modeste condition… Comment ont-elles pu être enceintes ?... Plusieurs et nombreuses possibilités, sûrement vais-je en omettre ! Je vous passe, bien sûr, les détails du rapport charnel… Vous savez tous comment les bébés sont conçus ! Ce qui m'interpelle, c'est de savoir si ce fameux rapport était ou non consenti.

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Le rapport n'est pas consenti, cela se comprend par la hiérarchie sociale. L'employeur, le châtelain, le propriétaire-fermier, estime avoir tout pouvoir sur ces jeunes, ou moins, jeunes, demoiselles. Peuvent-elles se soumettre ? Que nenni ! Aujourd'hui nous parlerions sûrement de viols, mais, à l'époque… Seules ces dames étaient montrées du doigt. "Femme perdue". Pourtant, dans les familles, elles étaient connues ; leurs parents savaient comment elles se comportaient. Etaient-elles du genre volage ?... Certaines soubrettes, peut-être, celles qui espéraient changer de condition. Mais pour la plupart, c'était des pauvres jeunes filles, qui devaient subir encore et encore.

La douleur ne venait pas seulement de l'acte lui-même, mais de tous ces regards supportés alors que leurs ventres s'arrondissaient. La douleur présente et réelle de l'enfantement était parfois accompagnée de celle de la perte de cet enfant, sitôt la naissance.

Il y a cet autre cas : celle où la femme est amante. Elle l'aime cet homme lié par le mariage à une autre femme. Pourtant, que d'amour partagé. Mais souvent, il n'est que charnel cet amour ! Alors, la femme attend, et attend et attend, dans l'ombre, toujours dans l'ombre. La joie, le bonheur, arrivent avec la grossesse, voire les grossesses. Mais la douleur, la douleur est toujours là par l'absence de ce père qui n'en ai pas un vraiment… C'est l'amant de la mère ! Là aussi le regard des autres est important. "Voleuse de mari". Alors, que, tout simplement, cette femme est amoureuse… Cette femme amante est aussi aimante, car il faut aimer pour rester cachée, pour ne pas briller de mille feux. De ne pas crier son amour au monde entier… Une vie triste, pleine d'angoisse, d'attentes, de joies, de peines…Jusqu'à la délivrance par le décès de l'un ou de l'autre des amants !

Le cas de la femme aimante est aussi compliqué ! Je prends pour exemple ma Jeanne, une axonaise. Jeanne accouche une première fois, un garçon. Paul va le déclarer en mairie et se reconnaît être le père… Jusque-là, rien d'anormal sauf que Jeanne et Paul ne sont pas mariés. Après la naissance de ce premier garçon, Jean, Jeanne va accoucher de trois autres enfants : Catherine, Marguerite et Pierre. C'est encore Paul qui déclare les trois enfants, mais, à chaque fois, ces derniers sont reconnus de père inconnu ! Et puis, un jour Pierre décède. Dans son acte de décès il est noté qu'il est marié à Jeanne – ah bon ? Je n'ai pas trouvé l'acte – et qu'il est né dans le Tarn-et-Garonne. Après avoir cherché et fouillé, il s'avère que Paul était marié à Estiennette et qu'il était père d'un garçon, Pierre… D'ailleurs, au décès d'Estiennette, il est bien noté qu'elle est veuve de Paul… Mais, revenons à Jeanne ! Jeanne accouche d'un cinquième enfant, puis d'un sixième puis d'un septième et enfin d'un huitième. Les quatre derniers sont déclarés en mairie par Victor, chez qui elle demeure. Mais jamais, jamais Victor ne déclarera être le père ! Ils sont tous de père inconnu !

Alors, je me pose la question : aimait-elle ces deux hommes ?... Toujours est-il que le premier a bien pris soin de ses quatre aînés, et que le second a pris soin des quatre premiers puis des quatre derniers… S'il n'y a pas d'amour…

Bref, en généalogie, il est difficile de savoir s'il y a eu amour ou pas, violence ou pas, lors du rapport charnel… Seuls les actes comptent et le statut des enfants nés de ces "unions" : enfant naturel, de père inconnu, reconnu, non reconnu… C'est tout d'abord la mère qui "traîne" sa condition de mère sans mari. Puis ce sont les enfants qui "traînent" les conditions dans lesquelles ils ont été enfantés…