Avez-vous entendu parler des calculatrices américaines du début des années soixante ?... Peut-être non, comme moi, enfin, comme moi, plus maintenant, je sais désormais ! A la NASA, dans les années 1950-1960, les calculatrices étaient des femmes, uniquement des femmes ! Trois vont sortir du lot à force de mérite, d'acharnement et de courage. Toutes les trois des femmes noires !...

Katherine COLEMAN-GOBLE

Katherine COLEMAN est née le 26 août 1918 à White Sulphur Springs, état de la Virginie aux Etats-Unis. Elle est la cadette de trois frères et sœur. Son père exerce la profession de bûcheron et sa mère était enseignante. Un détail très important pour Katherine est sa couleur de peau : elle est noire ! A l'époque, les études n'étaient pas franchement ouvertes pour ces afro-américains. Pas beaucoup d'université pour eux ! Mais, très tôt, Katherine a montré ses facilités en mathématiques, facilités exceptionnelles. L'école de la fillette a insisté auprès des parents afin qu'elle rejoigne très vite le lycée : elle a obtenu le baccalauréat à l'âge de 14 ans, puis elle a rejoint l'université. Cela a été un sacrifice pour la famille mais c'était important pour leur condition dans ce pays ; faire réussir un de ses enfants tenait de la survie, de la chance que pourrait avoir cet enfant dans ce monde blanc et raciste ! En 1937, Katherine a obtenu son diplôme de mathématiques avec la plus haute distinction "summa cum laude", les plus hautes louanges, elle n'a que dix-huit ans.

Elle part enseigner les mathématiques, la musique et le français dans une école publique, en Virginie. En 1939, elle épouse James GOBLE et quitte son poste d'enseignante pour suivre les études de mathématiques dispensées par l'Université de Morgtown, Virginie. Ils étaient trois afro-américains à avoir été retenus : deux hommes et une seule femme ! Ils avaient été autorisés à suivre les cours réserver aux blancs par le président de l'état de Virginie D. DAVIS sur décision de la Cour Suprême américaine.

C'est en 1952 que Katherine apprend que la NASA cherche des femmes afro-américaines pour son département de la navigation astronomique. Elle part donc travailler comme "calculatrice" avec son amie Mary JACKSON sous les ordres de la chef d'équipe, son amie également, Dorothy VAUGHAN. Les calculatrices avaient leur salle de travail dans un bâtiment éloigné de tous les autres. Les calculatrices "blanches" ne travaillaient pas au même endroit que les calculatrices "noires".

Tous les matins, Dorothy, qui occupait le poste de chef d'équipe sans en avoir le titre ni le salaire, distribuait les "missions" allouées aux unes et aux autres. Ces missions envoyaient les calculatrices dans différents bureaux pour des tâches ponctuelles.

Un matin, Katherine se voit affectée au service de recherche sur les vols. Ce sont ses compétences en géométrie analytiques qui ont rendu la chose possible. Katherine arrive donc dans une salle où il n'y a que des hommes, le chef du service est un homme, seule personnel féminin, son assistante. Mais ils sont tous blancs ! L'accueil est froid, presque hostile. Je vous passe tous les détails utilisés pour rabaisser Katherine : ne pas lui donner tous les renseignements nécessaires à son travail, lui donner une cafetière à usage de personne de couleur, cafetière médiocre et impossible à brancher sur le courant ; même aller aux toilettes est du domaine de la difficulté : 800 mètres séparent les toilettes pour femmes de couleur du bureau où elle travaille, alors qu'il y a des toilettes pour femmes juste à côté !

C'est son chef de service, suite à un coup de colère de Katherine, devant se justifier de ses longues absences, qui va commencer à mettre fin à cette situation : l'accès aux toilettes, tout d'abord, le retrait de la cafetière, …

Un soir, Katherine se lance à l'assaut d'un grand tableau une craie à la main : elle réalise des calculs et des courbes… Les hommes présents n'en croient pas leurs yeux. Les calculs finis, elle se précipité aux toilettes alors que le chef du service, voyant les calculs justes demande à en connaître l'auteur. Tous répondent que c'est Katherine, surprenant non ? C'est le début de la reconnaissance de ses compétences et connaissances.

Elle participe à une réunion, seule femme, seule noire bien évidemment, et alors qu'elle avait promis de ne pas prendre la parole, elle répond puis explique son calcul sur un tableau. Un des futurs astronautes à partir en vol, John GLENN est présent et très à l'aise avec les problèmes de couleur de peau : pour lui, ce n'en est pas un.

Sa vie privée bascule : elle rencontre un colonel, noir aussi, et entre eux les relations du début ont été compliqués mais l'amour les réunit. Avec l'accord de ses filles, enthousiasme devrais-je dire, elle épouse Jack JOHNSON. Ce dernier croit beaucoup en elle et la soutient.

Katherine et O'BAMA

Dans le même temps, la première machine IBM est installée ; les premiers calculs lui sont confiés. Mais, le jour du départ de John GLENN, la machine rend deux résultats différents sur la zone précise du retour de la capsule. Ce dernier aurait demandé à ce que Katherine refasse elle-même les calculs et qu'il ne décollerait que si elle donne son feu vert. Seulement, la machine ayant remplacé l'humain, Katherine est retournée dans la salle des calculatrices. Qu'à cela ne tienne, un coursier est envoyé, Katherine vérifie les calculs et John décolle. Après trois tours au lieu de dix autour de la terre, John revient sur terre. Tous, dans la salle de contrôle sont inquiets, il y a des soucis, mais Katherine est confiante. Le retour est un succès : John GLENN est le premier homme à avoir fait le premier vol orbital autour de la terre, le 20 février 1962.

A l'âge de 97 ans, en 2015, le Président O'BAMA remet la médaille présidentielle de la Liberté à Katherine JOHNSON. Il était temps !

Comment ai-je connu cette histoire ? Grâce à Margot Lee SHETTERLY qui a rédigé un livre "Hidden Figures" en 2010. Le père de cet écrivain travaillait à la NASA en 1969… Les droits du livre ont été vendus en 2014 à une filiale de Harper Collins. La 20th Century Fox produit le film adapté par Donna GIGLIOTTI, en 2016. Je suis allée voir ce film, Les figures de l'ombre… A voir, sans modération ! Il est très bien réalisé mêlant le contexte raciste avec le rapport homme/femme le tout avec, parfois une pointe d'humour, parfois avec une pointe d'amertume…