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L'expression "faire son deuil" m'a toujours quelque peu interpellée… En effet, qui peut savoir ce que les parents, les amis, d'une personne disparue peuvent ressentir ?... C'est tellement compliqué !

À notre maman, disparue il y a bien longtemps maintenant. Mais cela n'a pas été simple… Habitant l'étranger, il a fallu laisser les enfants chez la nourrice et voyager pour arriver dans cet appartement où tu n'étais plus. Cet appartement que nous ne connaissions pas !

Cette semaine-là a été rapide, trop peut-être ! Sans comprendre le comment et le pourquoi de ton décès, il nous a fallu penser à la manière dont nous allions t'accompagner dans cette dernière demeure. Je me souviens avoir dit à l'employé des pompes funèbres "Pas de couronne, cela fait trop mortuaire !". Oui, je ne voulais pas croire que l'on allait t'enterrer, que tu étais partie sans rien nous dire… Même pas au revoir !

Et puis la semaine s'est terminée, l'appartement était vidé, toi, tu étais dans le repos éternel de ce cimetière si bien situé : près d'un lac, avec des arbres… Le connaissais-tu au moins ?...

À partir de là, il aurait fallu faire le deuil, mais le deuil de quoi ?... La rupture trop rapide m'a laissée dans l'incompréhension totale. Tellement de questions désormais sans réponse ! Tellement de regrets de ne pas avoir dit, de ne pas avoir fait… Mais quelle différence désormais ?

Donc, dès que je le pouvais, à chaque changement dans ma vie, j'allais te dire, j'allais te dire, j'allais te raconter. Je me suis même surprise à être en colère après toi : de ne pas être là lorsque j'ai été grand-mère pour la première fois par exemple !... Lorsque ton père est décédé, vingt années après toi, nous avons décidé qu'il te rejoindrait ! Vous ne vous parliez pus depuis si longtemps que vous alliez pouvoir rattraper le retard… Tant de choses à vous dire, dans la sérénité désormais !... Et je continuais de parler, à vous deux…

 Il y a quelques années, à la Toussaint, ton cousin germain est venu avec moi et nous avons fait la "tournée" des cimetières : ton oncle chéri en premier, là aussi je lui ai parlé… Puis sur ta tombe, je t'ai longuement parlé et ton cousin a été très surpris mais pas vraiment étonné… La vie continuait, toujours les annonces des changements dans la famille, mon divorce par exemple ! Ah, celui-là, que ne te l'ai-je reproché !... Avec le recul, je crois que tu n'y étais pour rien, quoi que…

En 2014, nous avons enterré papa, la maladie l'a rattrapé et l'a gardé… Nous sommes donc descendu pour lui rendre une dernière visite à l'église. Cérémonie très éprouvante pour nous mais ce serait trop compliqué à t'expliquer, tu ne comprendrais pas de toute façon ! Ton cousin était encore là, avec nous. Qu'a changé ce décès ? Oh maman, tellement de choses ! La première, la plus importante, c'est que la famille se retrouve : frère, tout d'abord, mais aussi neveux, petit-neveu et petites-nièces, savent enfin qui je suis !

Mais aussi, j'ai enfin fait mon deuil, mon deuil de ton départ précipité, mon deuil de toute la colère que j'avais, mon deuil de la tristesse qui m'avait envahie !... Après trente longues années, je respire, je vis ! Je suis rassurée ! J'ai enfin compris que le temps était précieux, que nous n'avions pas de temps à perdre dans des combats futiles de désaccord, que la compréhension de l'autre était la meilleure arme, que…, que…

Alors, Maman, je te dis tout simplement au revoir, car je sais que tu es là, pas loin, si je veux te parler, mais je n'en ressens plus le même besoin ! J'ai mon ami, mes enfants, mes petits-enfants ! J'ai mon frère et sa famille désormais, ce sont eux qui m'accompagneront ! Eux qui comprennent ! Eux avec qui il est possible de parler, d'échanger ! Eux avec qui il n'y a pas de conflit : qui avait tort, qui avait raison, ni l'un ni l'autre ne désirons le savoir, ce n'est pas notre propos d'aujourd'hui !

Aujourd'hui, c'est l'avenir ! L'avenir, ce sont nos enfants, nos petits-enfants et tu en serais tellement fière !...