Raoul Charles a été fusillé pour avoir bu un verre de trop, parlé haut et fort et dit ce qu'il pensait des "chefs" pendant la Guerre 1914-1918 !...

Raoul Charles naît le 12 septembre 1891 à Beaumont-du-Gâtinais en Seine-et-Marne, fils de Edouard, décédé avant 1915, et Marie Eugénie LELONG.

Il a été "omis" et "excusé" sur la classe 1911[1]. Il est rattaché à la Classe 1912, et au moment de l'appel sous les drapeaux, il demeure à Dijon, en Côte-d'Or, 7, impasse du petit Citeau. Son signalement est le suivant : 1m40, cheveux châtains, yeux bleus.

Il épouse, à Dijon, le 30 septembre 1912, Léonie SONNOIS.

Incorporé le " octobre 1913, il rejoint le 5ème Bataillon d'Infanterie d'Afrique. Avec sa compagnie, il rejoint le 4ème Bataillon d'Infanterie d'Afrique le 1er juin 1914. Il est affecté au 24ème Régiment d'Infanterie le 1er octobre 1914.

Le 15 janvier 1915, son régiment est au front, il a bénéficié d'une "sortie". Donc, pendant quelques trois heures, il était au village voisin et a bu. Mais, en cette période tragique, avec toutes les horreurs qu'il pouvait voir, comment lui reprocher ? C'est mon point de vue en 2016 ! Il n'en a pas été ainsi à l'époque. Les faits qui lui seront reprochés sont jugés intolérables ! Voici la rédaction succincte…

Code de jusitce militaire

Il comparait devant le Conseil de Guerre de la 6ème Division d'Infanterie et l'accusation est la suivante :

"Coupable de voies faits envers son supérieur à l'occasion du service et outrage par paroles envers un supérieur à l'occasion du service" en application des articles 223 et 224 du Code de Justice militaire.

Le tribunal est composé de quatre officiers (un Lieutenant-colonel, un Chef de Bataillon, un Capitaine et un Lieutenant) et d'un sous-officier (un Maréchal-des-logis), de régiments différents (Artillerie, Dragons, Infanterie). Il a pour défenseur, désigné d'office, un sergent du 74ème Régiment d'Infanterie.

Raoul Charles arrive devant le Conseil de guerre en ayant déjà des punitions à son actif : 4 jours de consigne, en janvier 1914, pour négligence dans son emploi de lampiste, et 4 autres jours de consigne, en mars 1914, pour ne pas avoir rendu-compte au sergent-major, d'une distribution de pétrole ayant eu lieu huit jours auparavant.

Le 27 janvier 1915, à 11 heures du matin, un gendarme signifie l'ordre de comparution à Raoul Charles détenu à la prison du camp du Quartier général. La comparution a lieu le même jour à 13h30.

Les témoins à charge, au nombre de quatre, ont à peu près tous la même histoire à raconter… : "le 15 janvier, au moment de la soupe, CHENUT Raoul Charles est rentré au gourbi en se vantant d'avoir bu du vin à Bouvancourt[2]. Il était visiblement pris de boisson et cherchait querelle à tous. Il parlait donc haut et fort et a critiqué les supérieurs en disant "on n'a pas besoin d'eux. Son caporal est intervenu à trois reprises pour le faire taire, et lors de sa troisième intervention, le soldat CHENUT l'a frappé de deux coups de poing et d'un coup de crosse de fusil à la hanche." Trois de ces témoignages ne disent aucun bien de l'attitude régulière de Raoul Charles : querelleur, bagarreur et insoumis.

Un témoignage en sa "presque" faveur, dans un écrit de son supérieur, un Sous-lieutenant, écrit en date du 24 janvier 1915, dit qu'il est arrivé à la 5ème Compagnie du 24ème R.I. le 1er novembre 1914, qu'il n'a pris part à aucun engagement et que sa conduite n'a pas donné lieu à critique." Mais, interrogé, le témoignage de ce sous-lieutenant va être accablant !

Pour sa défense, Raoul Charles reconnaît avoir bu lors de sa sortie mais ne se souvient de rien quant aux faits qui lui sont reprochés.

A l'occasion de ce jugement, il est fait rappel de condamnations antérieures à l'armée : abus de confiance en 1909, 2 mois de prison avec sursis, vol en février 1911, 3 mois et un jour de prison et vol de récoltes sur pied, 1 mois de prison.

Le jugement est rendu le 29 janvier 1915 : il est sans appel !  "En conséquence, le Conseil condamne, à l'unanimité, le soldat CHENUT, sus qualifié, à la peine de mort pour application des articles 223, 224, 135 du Code justice militaire."

Le 28 février 1915, au vu du jugement rendu par le Conseil de guerre, le Général Commandant la 6ème Division d'Infanterie signe l'ordre d'exécution de la condamnation à la peine capitale de Raoul Charles CHENUT. 

Ce même 28 février 1915, à quinze heures, à la ferme Chalons-le-Vergeur, après que l'adjudant-commis-greffier ait lu la sentence du jugement, Raoul Charles CHENUT, placé devant un piquet d'exécution, est fusillé.

Les faits sont là, rudes, difficiles, mais, comment porter un jugement avec nos valeurs de 2016 ? Le Code de justice militaire était là ! Il permettait de juger !  Il n'en reste pas moins que Raoul Charles était une forte tête, certes, mais être fusillé par les siens, en temps de guerre, pour avoir un peu trop bu…



[1] Il était alors en prison à Fontainebleau (77) - [2] Commune de la Marne